Histoire
Depuis la plus haute antiquité, la situation de Chalonnes au confluent du Layon et de la Loire a été particulièrement imposante. C'est un des lieux le plus anciennement habité de l'Anjou ; le seul où l'on trouve des traces de vie humaine préhistorique. Sa situation favorable avait incité les Druides à y fonder un monastère dont le rayonnement s'étendait très loin aux alentours.
Pour détourner le paganisme, Saint Maurille vint s'y installer et y accomplir des miracles.
Les Romains ont laissé des traces de leurs occupations sur la colline de Pierre-Cou.
Les évêques d'Angers qui étaient barons de Chalonnes, ont pu bâtir un château féodal dont il subsiste des vestiges encore imposants.
C'est à Chalonnes, en l'église Saint Maurille, qu'a lieu l'unique mariage, célébré avec un faste inouï, de Gilles de Retz, le fameux "Barbe Bleue" avec sa cousine Catherine de Thouars. Pendant la guerre de Vendée, Chalonnes fut le théâtre de sanglants combats passant tour à tour entre les mains de Chouans et de Républicains.
Détail :
- Activités historiques très anciennes : préhistoire (plus ancien site habité de l’Anjou,) on a retrouvé sous le rocher de Roc en Paille des traces d’habitation datant de 15 000 ans. Les traces d’un oppidum retrouvé à Pierre Cou entre Loire et Layon révèlent la présence d’une civilisation celtique vers 800 avant J.C.,
- Au 1er siècle après JC, Chalonnes est occupé par les Romains et plusieurs notables de l’époque s’y font construire des villas (notamment aux Malpavés). Un temple est également érigé à l’emplacement de l’église Notre Dame.
- Au 5ème siècle, St Maurille qui deviendra évêque d’ANGERS évangélise la ville et dresse son Hermitage à l’emplacement de l’église actuelle.
- Au 9ème siècle, les Normands remontent la Loire et pillent les cités et monuments. Ils resteront près d’un siècle sur l’île.
- La fin du Moyen-Age est marquée par d’importants défrichements. Dès 1500, on commence à exploiter le charbon à ARDENNAY. Au début du 17ème siècle, Chalonnes, Chaudefonds et St Aubin produisent 1200 tonnes par an.
- Avec l’exploitation des mines de charbon, la culture du lin et du chanvre dans la vallée et de la vigne sur les coteaux, Chalonnes devient un important centre commercial sous l’ancien régime.
- Chaque jour, une quarantaine de bateaux font escale sur les quais chargés de sel, de charbon ou de chaux. En 1777, on entreprend de canaliser le Layon entre Thouarcé et Chalonnes afin de faciliter le transport de marchandises. Le charbon et le vin notamment sont transportés jusqu’au port de NANTES.
- Les guerres de Vendée mettent un terme à cette période de prospérité.
- Au début de la Restauration, il n’y a pas de ponts entre Tours et Nantes ; à chalonnes, le Layon est franchi par un pont (à l’emplacement actuel) mais il n’ya pas de pont sur la Loire. Diverses ordonnances royales vont autoriser la création de ponts ; une ordonnance du 24 août 1838 autorise la construction d’un pont suspendu qui sera achevé en 1841.
- En 1845, la route départementale n°14 rejoint St Georges et se raccorde ainsi à la grande route Royale ANGERS-NANTES. A la fin du 19ème siècle, des bateaux à vapeur organisent des excursions sur la Loire.
DESERT
1181 « boscus deserte sub Rupforti » (le bois de Deserte sous Rochefort), ceci est la plus ancienne mention de ce lieu, figurant dans les archives de l’Hôtel Dieu d’Angers.
Désert, dont le nom originel est Deserte, a le sens ici de solitude, alors que d’autres lieux-dits de ce nom désignent des zones de défrichement.
C’était une île recouverte d’une forêt dense, peuplée de nombreux animaux sauvages, difficile d’accès, type même de la solitude forestière. Le Goff, dans « Un autre moyen Age » indique que l’on trouve souvent au moyen Age les thèmes du ‘désert forêt’ où s’installent les ermites pour méditer, loin de l’agitation des villes et villages.
Saint Bernard (1200) écrit : « les forêts t’apprendront plus que les livres. Les arbres et les rochers t’enseigneront des choses que ne t’enseigneront point les maîtres de la science… ».
Cette île était une dépendance du domaine de la famille d’Anjou jusqu’au XII°siècle. Vers 1181-1183, le comte Henri II Plantagenêt, aussi roi d’Angleterre, dans une cour plénière tenue au Mans, en dota l’Hôpital Saint Jean Baptiste d’Angers nouvellement fondé.
« Chez les anciens, une simple parole, un serment et même une charte ne suffisaient pas pour opérer la translation ou l’investiture ; il fallait y joindre un symbole déterminé par les lois et les coutumes, ayant une certaine affinité avec l’objet donné ou vendu. Ainsi une glèbe (motte de terre) ou un gazon pris dans un domaine et posé dans les mains du nouveau propriétaire, était le signe de la mutation et pour indiquer qu’on ne transmettait pas seulement le sol, mais encore toutes ses productions, on y ajoutait un bâton, symbole du commandement, et quelquefois un couteau ou un glaive pour signifier le droit d’abattre, d’expulser, de couper, de moissonner. Un anneau, une bannière, une crosse et même les cordes des cloches servaient encore de symboles de translations, suivant la nature du bien ou de la dignité transférés. Le donataire ou l’acquéreur conservaient précieusement ces symboles et on en a trouvé un grand nombre dans les anciennes églises, attachés à des chartes ou bien portant le nom des vendeurs ou donateurs et la désignation de l’objet aliéné. On a trouvé des bâtons entourés de bandes transversales de parchemin ou de plomb sur lesquelles on avait écrit les actes de transmissions. Quelquefois on rompait le bâton en deux parties, dont l’une était remise au vendeur et l’autre à l’acquéreur ; un rapprochement constatait la convention ». Bulletin historique de la Société des Antiquaires de la Morinie, 1859.
La Grande Isle de Chalonnes fut donnée de cette façon en 1096, par le comte Foulque le Réchin à Saint Maurice d’Angers et à l’évêque « ….et afin que cette donation et concession ait perpétuité, une ferme et inviolable vigueur, nous avons ordonné que le don que nous avons fait par la position du couteau sur le grand autel, soit écrit devant personne expérimentée es lois ». Est-ce que Déserte a été donnée de cette façon ? Il semble que c’était la coutume en Anjou à cette époque.
Les bois de Désert n’étaient pas peuplés que de bêtes sauvages, on découvre par exemple dans les Archives qu’en 1301 l’Hôtel Dieu s’approprie des bestiaux qui « pacageaient dans les bois de Déserte » sans autorisation ; leur propriétaire, Macé des Aulnays devra payer au prieur et frères de l’Hôtel Dieu l’amande de 10 livres. Des défricheurs et quelques cultivateurs se sont installés dans ces lieux, profitant de l’abondance de bois, gibiers et poissons.
En 1360 il est fait une saisie de porcs trouvés dans les bois et confisqués au profit de l’Hôtel Dieu, les religieux ne plaisantaient pas avec les contrevenants. A la suite de cela, ils font établir une reconnaissance du droit de saisie et confiscation. Vers 1400, l’île hébergeait environ 500 pourceaux, les chênes étant abondants, ils se nourrissaient de glands.
Entre l’Hôtel Dieu et l’évêque d’Angers, seigneur de Chalonnes, « le torchon brûle », ce dernier prétendait avoir seul le droit de chasse dans les bois de Déserte. Un arrêt du parlement en 1411, débouta le prélat de ses prétentions. Mais ce n’est pas fini, en 1450 « commission est donnée par l’évêque d’Angers à son sénéchal de Chalonnes pour commettre des experts aux fins de planter des bornes pour éviter le procès prêt à mouvoir entre lui et l’Hôtel Dieu à cause des bois de Déserte ». En 1451, un abornement des bois et des eaux limita le domaine épiscopal au bois de la motte Guyon et à l’île de Candais.
En 1507, l’île de Déserte commence à se peupler : « acquêt par le prieur de l’Hôtel Dieu de Gilles Cailleau, d’une maison, jardin terre, saulaie, issues, sise au lieu et isle de Déserte, près Chalonnes, qui fut à André Branlard, joignant le bois de Déserte au dit prieur… ».
En 1540 le prieur de l’Hôtel Dieu y fit construire pour ses religieux convalescents « un logis secret destiné à s’y retirer sans être sujet aux allées et venues des forestiers », près de la source Saint Laurent « juxta fontem sancti Laurenti ».
Le premier bail général de l’île est de 1548, il comprend : les maisons, jardins, terres labourables, prés, pâtures, herbages, ruches et moutardes, ainsi que les droits de chasse et de pêche ; sa durée est de 7 ans.
L’origine de la moutarde se perd dans la nuit des temps, il est quasiment certain que les égyptiens l’utilisaient déjà pour rehausser le goût des viandes, Athènes et Rome en appréciaient l’usage médical et culinaire. L’homme a toujours attribué à la moutarde une foultitude de vertus : administrée en aliment, elle fortifie la tête, la gorge, les yeux, elle facilite également les expectorations pulmonaires ; elle aurait aussi des vertus digestives et antiseptiques. Le nom de moutarde date du début du 13e siècle et vient de «moût » pour désigner des graines de sénevé broyées avec du moût de vin.
Jusqu’à la fin du moyen age, le miel fut la source principale de sucre en Europe. Sa production était également soutenue par les besoins de cire pour les cierges rituels de l’église ; d’où l’intérêt des ecclésiastiques pour l’apiculture. Jusqu’en 1850, les abeilles étaient élevées dans des ruches fixes, soit des troncs évidés, soit des cloches de tortillons de paille de seigle serrés. Le nom de ruche nous a été transmis par un bas latin rusca, attesté aux 8e siècle.
La pêche représentait une activité importante car la religion imposait de nombreux jours maigres (environ 150 jours par an). Des pêcheries existaient à Désert, il y avait des boires nombreuses, naturelles ou artificielles que l’on fermaient au moyen de vannes (il en reste encore aujourd’hui de visibles) pour capturer ou conserver le poisson.
Des inondations importantes et surtout celle de 1660 firent de gros dégâts, ce qui obligea l’Hôtel Dieu, en 1690, à exécuter des travaux importants de turcies (levées) pour la protéger.
De nombreux fermiers se succédèrent ; grâce aux inventaires de propriétés effectués à chaque cession, nous avons un descriptif des lieux très précis, surtout celui du 20 Juin 1870, occasionné par le départ du fermier Barrault. Les Hospices d’Angers afferment pour douze années à messieurs Allard père et fils, suivant l’adjudication passée devant monsieur Neveu, notaire à Angers.
Etat des lieux de la ferme de Désert :
Maison d’habitation
- Rez de chaussée, cuisine, vestibule, salle à manger, boulangerie avec grenier au dessus
- Premier étage, chambres à feu (avec cheminée) et froides.
- Grenier sur la maison d’habitation
Servitudes :
- Ecurie aux vaches
- Toits à porcs et lieux d’aisances
- Autres toits à porcs et puits
- Ecurie aux chevaux et grenier au dessus
- Buanderie formant un petit corps de bâtiment détaché. Dans cette buanderie on remarque une grande et une petite pannes en terre cuite, en bon état (une panne est une grande cuve en terre de 200 à 500 litres dans laquelle on entasse et on lessive le linge). Le four est hors d’état de service par suite des tassements qui se sont produits dans les fondations. Le four dont il est question ici, est le four à sécher le chanvre que certains ont vus lors de la visite de début octobre.
Terres, prés, pâtures, comportant :
- Jardin clos de murs comportant un if, cinq abricotiers, vingt cinq pruniers, quatre cerisiers, vingt poiriers, huit pommiers
- Petite pâture du jardin
- La Pâture aux bœufs
- La Pâture du bois d’en bas. Je ne vais pas faire l’énumération de toutes les parcelles, mais pour celle-ci, à titre d’exemple, j’en cite l’inventaire « on compte sur la haie nord, 43 souches de frênes, 101 souches d’érables, 25 souches d’ormeaux, 1 frêne futaie et 2 ormeaux futaie. Sur la haie au levant, 32 souches de frênes, 6 souches d’érables, une autre souche d’érable à deux têtes et une autre souche d’érable à trois têtes, 7 souches d’ormeaux et deux souches de saules. A l’intérieur, 37 souches de frênes, 14 souches de chênes, 52 souches d’érables, 18 souches d’ormeaux, un frêne futaie, 16 ormeaux futaie et un vieux poirier.
Dans cette énumération, il n’est question que de souches d’arbres parce que l’ancien fermier a émondé ces arbres avant de partir.
Autrefois, lorsque le niveau de la Loire était normal, la diligence d’Angers à Chalonnes passait devant Désert, elle avait auparavant traversée la Loire aux Lombardières, puis elle passait le Louet sur un bac lorsque le pont était détruit et entrait dans Chalonnes par le pont du Layon. La route était mauvaise dans l’île (elle l’est encore aujourd’hui) mais ce trajet était le plus court.
Désert est aussi connu pour ses mines de charbon. Le premier puits débuta en 1839, celui en bordure de la ferme de Désert est mis en service vers 1856. Aujourd’hui, ce puit est toujours visible mais son accès est dangereux car non protégé, un reste de bâtiment le rappel, là où avait lieu la fabrication des briquettes de charbon, confectionnées sur place et ensuite acheminées par voie d’eau jusqu’à Nantes ou Saint Nazaire.
Désert a été une maison de maître imposante, une grande exploitation agricole. Son plan est atypique pour une île de Loire, en effet, sa forme en U est le seul exemple en vallée. La maison est disposée en façade autour d’un escalier central desservant les pièces de l’étage. De chaque cotés les bâtiments de servitudes disposés symétriquement et la cour fermée forment un ensemble harmonieux.
Les puissantes piles et contreforts du côté Est ont supportés la grange hors d’eau, l’écurie était au dessous. Le mur nord abritait six soues à cochons et le mur ouest était occupé par les écuries avec un grand grenier au dessus.
Aujourd’hui c’est une ruine encore imposante malgré les dégradations du temps mais surtout celles des hommes, certains maçons n’hésitaient pas à venir se servir en démontant les portes, les fenêtres les cheminées et même l’escalier en colimaçon, sans parler des pierres des bâtiments.
La communauté de communes ayant rachetée cet ensemble, a fait des travaux de consolidation et de protection pour, dans un avenir proche, y produire des animations culturelles. La protection de notre patrimoine est l’affaire de tous, c’est la mémoire de notre passé que nos petits enfants seront heureux (je l’espère) de redécouvrir un jour.
J. RENE
Sources :
Dictionnaire Célestin Port
Etudes Ecclésiologiques sur le Diocèse d’Angers – Barbier de Montault
Archives Départementales de M.et L.





