Entretien avec les Chalandoux • Août 2026
« On a mesuré l’attachement des Chalonnais »
Après le naufrage de leur bateau et un tournage mémorable aux côtés d’Artus et Julia Piaton pour le film Les Caprices de l’Enfant Roi, les mariniers de Chalonnes racontent l’envers du décor d’une année riche en émotions. Rencontre humaine au cœur de notre patrimoine ligérien.
Pour commencer, rappelez-nous l’esprit de votre association. Pourquoi est-elle si importante pour Chalonnes ?
Les Chalandoux : Tout est parti de la restauration des magnifiques 600 mètres de quais de la ville. Ils sont sublimes, mais à l’époque, ils n’abritaient pas de bateaux traditionnels. L’association est née le 1er octobre 2007 pour combler ce manque, sauvegarder et surtout partager les savoir-faire ligériens. Notre démarche n’a jamais été lucrative, c’est une affaire de transmission et de passion pour ce fleuve vivant, magnifique mais parfois imprévisible.
Cette imprévisibilité, vous l’avez vécue de plein fouet en décembre 2024 avec le naufrage du Gabarot. Que s’est-il passé ?
Les Chalandoux : En 2024, la Loire est montée douze fois au-dessus de la barre des deux mètres. Le fleuve a charrié énormément de troncs d’arbres morts. Des morceaux de bois de 40 à 50 cm de diamètre sont venus glisser sous le bateau et frapper à répétition le tableau arrière, créant une voie d’eau. Quand on a découvert le bateau enfoncé, tout l’équipement électrique et les moteurs étaient sous l’eau.
C’est à ce moment-là que les Chalonnais se sont mobilisés…
Les Chalandoux : Oui et c’était profondément touchant. L’assurance ne couvrait qu’une partie des frais et il nous manquait 20 000 €. Nous avons lancé un appel aux dons. Les habitants ont fait preuve d’une générosité incroyable. On a reçu des chèques de 10 € par exemple, et un matin, il y avait une enveloppe avec 80 € en espèces et juste ces mots : « Sauvez le bateau ». Ça a donné une force immense à toute l’équipe pour lancer les réparations.
Et au milieu de ce chantier chronométré, le cinéma frappe à votre porte ! Comment s’est fait le contact pour le film de Michel Leclerc ?
Les Chalandoux : C’est l’Office de Tourisme d’Angers qui a transmis nos coordonnées à la production qui cherchait un chaland d’époque. Nous avions une deadline de huit semaines pour finir le chantier, faire expertiser et homologuer le bateau à temps pour le tournage en juin. On a eu chaud ! Des compétences nous manquaient, alors on a fait appel à nos réseaux : des mécaniciens, des électriciens et notre soudeur Denis sont venus prêter main-forte, même le week-end. On a monté des pièces prototypes le mardi pour une mise à l’eau le vendredi. C’était un vrai défi collectif.
Racontez-nous vos premiers pas sur le plateau de tournage à Avoise, dans la Sarthe. Le choc des cultures a-t-il été immédiat ?
Les Chalandoux : Complètement ! On a débarqué dans une immense machine de 8 millions d’euros avec des dizaines de camions, des drones, et un tout nouveau vocabulaire à apprendre. On nous disait : « Rendez-vous au HMC à 7h pour un PAT à 9h ». Le HMC, c’est l’Habillage, Maquillage, Coiffure et le PAT, c’est le Prêt à Tourner. Comme on s’était imposés à bord à trois mariniers pour la sécurité du bateau, ils nous ont costumés et mis des perruques pour faire de la figuration.
Au cinéma, l’illusion cache souvent de sacrées anecdotes techniques. Vous en avez une ou deux à nous partager ?
Les Chalandoux : Oui ! La scène du halage avec le cheval, par exemple. Notre gréeur Thomas Geffridon nous avait préparé 200 mètres de cordage pour que ce soit réaliste. Mais le réalisateur voulait absolument voir à l’écran le cheval, la corde et le bateau en même temps. On a fini par faire la scène avec seulement 30 mètres de corde, attachée à un endroit du bateau totalement aberrant pour naviguer ! La mention au début du film est vraie : « Le film est purement historique, sauf pour les historiens ».
Il y a aussi la scène où le jeune Louis XIV pêche un gardon. Les poissons ramenés sur le plateau étaient fatigués par le voyage et complètement immobiles. Hors caméra, le jeune acteur devait agiter la canne à pêche pour donner faire bouger le pauvre poisson inerte !
Au-delà des anecdotes, qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans cette aventure humaine ?
Les Chalandoux : La simplicité et la bienveillance de l’équipe. Les équipes techniques et les accessoiristes étaient très jeunes, passionnés. Et les acteurs ont été d’une accessibilité rare. Lors d’une journée à 40 degrés, l’actrice Julia Piaton est venue apporter de l’eau et une ombrelle à Jean-Marie qui avait un coup de chaud. Le réalisateur Michel Leclerc a été adorable. On a partagé nos mondes respectifs. Notre vocation, c’est la transmission des savoirs de la Loire et là, on s’est retrouvés à transmettre notre passion à des gens du cinéma.
Depuis ce film, le chantier des Chalandoux semble attirer d’autres caméras…
Les Chalandoux : C’est vrai, les projets s’enchaînent. On a accueilli douze étudiants de l’UCO pour un superbe documentaire sur les crues et la Loire, puis le tournage du court-métrage Le Bivouac en juin dernier, axé sur la transmission entre un père et son fils. La Loire reste ce magnifique vecteur de rencontres. On ne sait jamais vraiment où le courant nous emmènera, mais l’aventure humaine continue !
À découvrir
« Les Caprices de l’Enfant Roi », sorti en salle le 24 juin 2026. Comédie historique de Michel Leclerc, avec Artus, Julia Piaton, Franck Dubosc…
Documentaire « Peuple de Loire » (2026), à consulter sur le site www.chalandoux-loire.com, rubrique « Actualités »



